12.png

 

 

BDSM

 

 

 

Le mot BDSM est en fait l’acronyme de plusieurs mots qui englobent, dans trois axes, l’ensemble des pratiques qu’on assimile à la grande famille BDSM.

 

  • BD : pour l’axe bondage et discipline.
  • DS : pour l’axe domination et soumission.
  • SM : pour l’axe sadisme et masochisme
 
 

De manière générale, le BDSM fait référence à l’adoption CONSENSUELLE de rôles hiérarchisés, qu’on appelle la dynamique relationnelle, qui sont effectifs le temps d’une période de jeu ou encore qui s’étendent sur toutes les sphères de la vie, selon les individus. En plus d’être consensuel, le BDSM est sain pour le corps et l’esprit et doit en tout temps demeurer sécuritaire. Les blessures mentales et physiques, si elles sont présentes dans le jeu, sont négociées, souhaitées, attendues et prévues par les partenaires.

 

Environ 10 % des gens pratiqueraient du BDSM et ces personnes n’ont aucun profil type, ils sont tous différents et ordinaires, comme vous et moi. Ce mode de vie peut facilement se pratiquer à la maison, dans des lieux spécialisés qu’on appelle des donjons et parfois, dans des clubs libertins.

 

Ceux qui vivent leur BDSM en tout temps en font une pratique qu’on nomme communément, dans le milieu, dynamique 24/7. La majorité des adeptes vont cependant vivre leur dynamique par périodes de jeux définies dans le temps.

 

L’aspect sexuel, bien que présent dans plusieurs dynamiques, n’est pas obligatoire dans le BDSM. Beaucoup de dynamiques n’incluent aucun geste sexuel. On comprend donc que ce type de relation n’est pas un fantasme sexuel, mais bien une manière de vivre.

 

Dans le cas de personnes qui ne font ces pratiques que dans le cadre des relations sexuelles, on parle de « kinkster » et non de BDSM. Le BDSM est beaucoup plus qu’une simple pratique sexuelle « kinky », même si, d’emblée, les gestes sont parfois les mêmes entre l’adepte du BDSM et le « kinkster ». Le BDSM est un état d’esprit, un mode de vie, qu’il soit pratiqué en 24/7 ou occasionnellement.

 

 

Le BDSM décortiqué

 

 

 

 

Décortiquons les différentes lettres du BDSM pour bien décrire de quoi il s’agit exactement.

 

 

Le bondage est le fait d’attacher et de restreindre une personne par des moyens variés. Les plus populaires sont les cordes, les menottes ou sangles de cuir, les chaînes, les cages ou tout autre système complexe d’enfermement. Les possibilités sont infinies.

 

La discipline fait référence à une forme d’éducation qui vise à créer chez l’autre les comportements souhaités. Comme pour l’éducation d’un enfant, des sentiments de bienveillance et de développement personnel positifs doivent être visés, en plus des apprentissages liés au bon fonctionnement de la dynamique.

 

Quand on pense à la discipline, on pense immédiatement à la punition, mais le sujet est plus vaste. Les possibilités de punition physiques ou psychologiques sont infinies et doivent être adaptées en fonction des besoins, des limites et des désirs des protagonistes. En voici quelques exemples : la fessée ou flagellation, la chasteté imposée, devoir porter un « butt plug » pour un temps donné, faire du piquet au mur, devoir faire une copie ou une dissertation d’excuses, se faire sermonner, etc.

 

Les récompenses font également partie de la discipline. Quand on pense BDSM, la punition nous vient en tête automatiquement, pourtant, dans la discipline, la récompense est un outil puissant pour influer le comportement de la personne soumise, encore plus que la punition même. Ainsi, la personne dominante pourra prendre soin de relever les bons coups de la personne soumise et de la récompenser adéquatement pour l’encourager à continuer son bon comportement. Les récompenses, comme les punitions, peuvent toucher tous les aspects de la vie et sont extrêmement variées.

 

La dynamique de domination et de soumission est souvent désignée par les lettres suivantes et illustrée ainsi : D/s. L’usage de la majuscule pour la personne dominante et de la minuscule pour la personne soumise est très fréquent à l’écrit dans la communauté.

 

Cette dynamique fait référence aux rapports hiérarchisés entre les individus. Leur nom est suffisamment évocateur pour décrire brièvement leur rôle. La personne soumise se donne à la personne dominante qui la possède entièrement. La notion d’appartenance est au cœur de la relation. La personne dominante dispose de la personne soumise au gré de ses envies et de ses fantasmes, tout en prenant soin de veiller à son bien-être physique et psychologique. La personne soumise se donne entièrement à la personne dominante, avec implication, résilience et ouverture.

 

Plusieurs rôles sont possibles et vous en avez sûrement entendus plusieurs, par exemple : Dominant, soumis, Daddy, esclave, brat, puppy, Switch. Les Switch sont des personnes qui peuvent assumer, de manière changeante et selon leur volonté, les rôles autant de domination que de soumission. Les autres appellations sont trop complexes à décrire pour cet ouvrage-ci. Je vous invite à pousser vos recherches plus loin dans des ouvrages spécialisés.

 

Pour mettre en place cette dynamique, il faudra une quantité phénoménale de communication entre les partenaires, une grande dose de confiance et une infinie honnêteté, le tout dans le respect de chacun. C’est une relation profonde, sérieuse, qui dépasse très largement le cadre du simple jeu.

 

Cette relation est souvent encadrée par un contrat écrit qui dicte clairement les règles organisationnelles de la dynamique, souvent énoncées par la personne dominante, au gré de ses désirs et de ses fantasmes. Contrairement à la pensée populaire, la personne dominante n’a pas tous les pouvoirs, loin de là. On pourrait même affirmer que la personne soumise en a beaucoup plus, au bout du compte. La personne dominante a toutefois à sa charge presque toutes les responsabilités entourant la relation.

 

Imaginez un jeu de cartes. Les cartes représentent tous les gestes et jeux qui existent dans le BDSM. La personne soumise va les examiner attentivement et elle va choisir quelles cartes elle décide de mettre dans les mains de la personne dominante, quelles cartes elle souhaite garder plus tard quand elle se sentira prête (« soft limit ») et quelles cartes elle va jeter à la poubelle pour ne jamais les utiliser (« hard limit »). Elle fixe le cadre de jeu, l’univers des possibles et pour cette raison, c’est elle qui détient le réel pouvoir. La personne dominante va décider quand jouer une ou plusieurs cartes qu’elle a en main, lesquelles elle souhaite jouer à un moment donné, dans quel ordre. Elle peut aussi décider de mettre fin au jeu, même si la limite de tolérance de la personne soumise n’est pas encore atteinte. En tout temps, la personne soumise peut mettre fin au jeu et reprendre toutes les cartes en utilisant le mot d’alerte convenu entre les deux ou mettre carrément fin au contrat et à la relation.

 

La relation D/s peut être permanente dans une dynamique stable et exclusive (ou presque), ou temporaire avec une implication moins grande des deux protagonistes. Dans le deuxième cas, nous les nommons « playpartner », des partenaires de jeu, qui vont se rejoindre pour jouer ensemble de temps en temps, sans relation D/s suivie, même s’ils en assument les rôles au moment du jeu.

 

La ligne entre le BDSM et l’abus peut être mince. Le BDSM vise le plaisir, l’épanouissement, l’actualisation et le bonheur des membres de la relation. Quand une souffrance morale non souhaitée s’installe, quand la tristesse, la colère et la violence font leur apparition, le BDSM n’est plus. On parle alors d’abus ou de violence conjugale. De plus, comme plusieurs pratiques dans le BDSM peuvent être dangereuses pour la santé, et même pour la vie des personnes (les jeux d’asphyxie pour n’en nommer qu’un exemple, qui causent malheureusement des morts chaque année), il est très important de suivre une formation spécifique disponible en donjon et de s’assurer de maîtriser son art avant de les tenter sur une personne soumise. Souvenez-vous : sain, sécuritaire et consensuel.

 

Le sadisme et le masochisme font référence au plaisir lié à la douleur. Le sadique aime la donner. Le masochiste aime la recevoir. Nommés en référence à deux auteurs contemporains (fin 1700, début 1800) connus pour leurs ouvrages marginaux, le Marquis de Sade et Leopold Von Sacher-Masoch, ces concepts, autrefois utilisés pour décrire des pratiques abjectes, déviantes et marginales, sont maintenant largement utilisés dans un contexte de plaisir. Le but ultime, autant pour le sadique que le masochiste, est le plaisir. La douleur est ainsi plaisante, au contraire d’une souffrance physique non sollicitée qui elle, serait perçue négativement.

 

Pour le sadique, donner la douleur peut provoquer une immense satisfaction, lui donner une impression de pouvoir presque divin sur sa victime. Il a le pouvoir de faire souffrir ou d’être clément, de punir ou de récompenser par ses gestes ou sa douceur. Il contrôle le corps de son partenaire et les sensations physiques que celui-ci ressentira. En donnant de la douleur, le sadique peut également ressentir une forte excitation sexuelle qui peut même le mener jusqu’à l’orgasme. En général, plus la victime souffre, crie, pleure, supplie ou se débat, plus le sadique jubile !

 

Pour le masochiste, recevoir la douleur peut lui procurer différentes sensations de plaisir, autant physiquement que psychologiquement. La sécrétion d’hormones telles que l’endorphine et l’adrénaline transforme la séance douloureuse en moment de détente et de bien-être, un peu comme une intense séance de sport le ferait. Quand le masochiste reçoit de la douleur, non seulement, il en tire un plaisir qui peut même le mener à l’orgasme, mais il ressent aussi un immense lâcher-prise, un abandon total, en toute confiance. Le « hamster » dans son cerveau arrête de tourner, c’est le calme plat, la paix, la délivrance. Les endorphines créent également une sensation euphorisante qui, dans les extrêmes, se nomme « subspace ». La personne se sent flotter, comme dans un espace immatériel complètement déconnecté de la réalité. Le « subspace » peut toutefois être induit autrement que par la douleur, notamment par une expérience psychologique intense.

 

Bien que le fétichisme ne fasse pas partie de l’acronyme du BDSM, il est quand même très présent dans la communauté. Un fétiche est un élément non sexuel, qui provoque une excitation sexuelle chez une personne. Des communautés entières s’organisent autour de fétiches, tels que le cuir et le latex pour ne nommer qu’un exemple très populaire, ou encore les chaussures.

 

 

La séance ou la scène BDSM, c’est quoi?

 

 

 

Une scène ou une séance BDSM est un moment déterminé dans le temps où toutes les dimensions du jeu sont beaucoup plus intenses. Que ce soit une séance de bondage avec de la corde, une période intense de jeu d’impact ou encore de jeu avec de la cire chaude par exemple, le moment de préparation avant et le moment de récupération qui va la suivre, sont aussi importants que le jeu lui-même.

 

Avant le jeu, la personne dominante va s’assurer qu’elle révise les gestes autorisés par la personne soumise. Habituellement, la personne soumise (et parfois aussi la personne dominante) va remplir un document qu’on nomme la « Checklist BDSM ». Cette liste fait état de toutes les pratiques BDSM autorisées et interdites dans la dynamique et elle peut faire plusieurs pages tant elle est complète et détaillée. Celle proposée par ma collaboratrice Lady Bébelle sur son site web www.ladybebelle.com, par exemple, fait quinze pages de long. La personne dominante devra également s’assurer que tout son matériel est en bon état, que tout ce qui est prévu est sécuritaire et que tout est en place pour favoriser un plaisir sain et consensuel.

 

La séance de câlins qui suit immédiatement la scène se nomme « aftercare » et elle consiste à laisser redescendre progressivement les émotions et les hormones des participants à des niveaux plus normaux. Pendant l’aftercare, on ne parle pas du jeu. On se câline, on applique de la crème sur la peau rougie par les impacts, on relaxe, on se colle ou encore on fait une sieste réparatrice. Il faudra aussi souvent réchauffer la personne soumise qui aura très froid après une scène de jeu. Sans l’« aftercare », autant la personne dominante que la personne soumise peuvent se retrouver en état de détresse psychologique qu’on appelle le « sub drop » chez la personne soumise et le « dom drop » chez la personne dominante. Ces chutes émotionnelles sont des états de détresse psychologique qui peuvent survenir tout de suite après le jeu ou même parfois quelques jours plus tard. Elles peuvent durer de quelques minutes à plusieurs jours, voire des semaines, selon l’intensité de la période de jeu. Pour éviter les effets néfastes de cette chute émotive, un « aftercare » adéquat devient essentiel. La mise au point verbale sur le jeu sera faite beaucoup plus tard, quand les hormones auront repris des niveaux normaux et que la poussière sera retombée.

 

 

BDSM et libertinage, un choc de valeurs fondamentales

 

 

 

Nous avons vu précédemment que dans la dynamique D/s, une notion d’appartenance et de possession est très présente. Comme la personne dominante possède la personne soumise, celle-ci devient son bien, son jouet et souvent, ce cadeau est gardé très jalousement par la personne dominante qui refuse de partager. De plus, prendre soin d’une personne soumise demande tellement d’implication, que les personnes soumises tolèrent mal que la personne dominante s’éparpille et les délaisse, même si traditionnellement elle en a tout à fait le droit. On comprend facilement que cette dimension de la relation D/s entre directement en contradiction avec les principes fondamentaux de liberté et de partage du libertinage sexuel et émotionnel. Les fervents des vieilles écoles de pensée dans le BDSM s’opposent farouchement à l’union de ces deux univers et reçoivent d’un œil mauvais les libertins qui tentent de faire leur entrée dans la communauté.

 

Aussi, le milieu du BDSM tend à demeurer plus fermé pour garder le côté sain et sécuritaire des jeux et surtout, ne pas attirer de foudres législatives. Plus de gens s’y intéressent, plus le risque est grand que des personnes malintentionnées fassent un peu n’importe quoi, entraînant des blessures ou même la mort chez leur soumis(e). Cette mauvaise presse serait dramatique pour le milieu du BDSM qui est déjà très marginalisé, même malgré la sortie d’ouvrages populaires comme la saga Grey.

 

Les libertins, quant à eux, ont parfois beaucoup de difficulté à tolérer les jeux extrêmes dans le BDSM, comme les séances d’impacts intenses, la vue de sang dans certains jeux plus « edgy », les contraintes extrêmes aussi et toutes les réactions à la douleur comme les cris puissants ou les pleurs. Ils sont parfois choqués par ce qu’ils perçoivent rapidement comme une effusion de grande violence. Cela dit, avec la montée en popularité des donjons chez les néophytes, cette dimension de tolérance aux jeux extrême commence à être également vraie dans le milieu BDSM. L’inconnu fait peur, c’est normal. 

 

On remarque lentement un changement dans le BDSM, les personnes qui fréquentent les deux milieux sont de plus en plus nombreuses et s’affirment de plus en plus. Ce qui était un secret révélé tout bas il y a de ça quelques années, devient raconté à plus haute voix aujourd’hui. Ils invitent toutefois à la prudence et aident les autres à mieux vivre cette notion de possessivité, même dans le libertinage. Les partenaires libertins sont perçus comme des jouets avec lesquels la personne dominante et la personne soumise peuvent jouer et non comme des partenaires relationnels qui vont entrer en conflit avec la dynamique principale. En les objectifiant, ils sont hiérarchisés et perdent de leur importance. Certaines personnes dominantes vont même de plus en plus accepter de laisser jouer la personne soumise avec d’autres personnes dominantes dans une relation de « playpartnership » occasionnelle, pour le bien de la personne soumise, son évolution et son plaisir personnel, un peu comme une récompense, tant qu’il garde le pouvoir décisionnel du quand et du comment. Il peut également faire partie du plaisir de la personne dominante d’observer la scène tout simplement ou de faire plaisir à un bon ami dominant en offrant la personne soumise en cadeau, temporairement.

 

Ainsi petit à petit, le BDSM et le libertinage commencent à se côtoyer. Ces deux milieux s’apprivoisent, se tiennent timidement la main. On voit naître des soirées à saveur fétiche et BDSM dans les clubs libertins, et de plus en plus, le libertinage commence à être lentement mieux toléré dans les donjons BDSM. Il reste du chemin à faire, mais les choses avancent.

 

 

PAPILLON-BLEU.png





empty